Rencontre avec un « guetteur-tisseur de rêves »

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Malek A. BOUKERCHI se définit aujourd’hui comme un « guetteur-tisseur de rêves » dans toutes ses identités multiples d'Anthropologue-conférencier du lien – Ludologue-formateur – Philoconteur des possibles & Ultra-marathonien de l'extrême : c’est l’art de féconder le réel par la puissance des rêves contés, comme moteurs d’entreprises collectives, afin de mieux « vibrer ensemble autrement ». Rencontre.

A-t-on besoin de nouveaux imaginaires ou bien ceux actuels sont-ils adaptés à l’époque et aux enjeux futurs ?

Je trouve que l’omniprésence des images, des séries, des vidéos contraint notre imagination et nos rêves. L’enjeu est de nous reconnecter à des imaginaires dont certains sont inspirants pour l’avenir. Car depuis l’aube des temps, toute civilisation qui méprise l’imaginaire et la culture assèche aussitôt l’approche scientifique… Ainsi, Albert EINSTEIN aimait dire : « Quand le raisonnement mathématique arrive à une impasse, je fais appel à l’intuition poétique, à l’imaginaire ». Il s’agit alors de se reconnecter avec la force narrative, la puissance des mots, de réenchanter le langage pour mieux appréhender l’essentiel/essence-ciel de nos mondes hyper-techniques. Comme le disait Albert Camus, « Mal nommer les choses, c'est apporter de l’injustice au monde ». Imaginaire peut d’ailleurs s’écrire de plusieurs manières :

= Imagin’air : retrouver l’air pur de l’enfance, l’air de la malice et de l’émerveillement. La clé de nos airs d’envol pour vibrer, vivre juste, c’est s’émerveiller, c’est retrouver la fraîcheur du premier regard, se tenir devant les êtres et les choses comme si c’était la première fois, retrouver la vitalité de nos premiers gestes, la joie du cœur, l’étonnement des sens, les surprises de l’amour, des frissons et des rires… ;
= Imagin’ère : explorer de nouveaux territoires, ouvrir de nouveaux chemins, c’est l’ère de l’esprit d’enfance à refaire vibrer, cette force de l’inaugural vivant dans un éblouissement perpétuel, car notre véritable noblesse réside dans notre cœur. Nous avons vécu l’économie des bras (les usines, le taylorisme et le fordisme), nous connaissons encore l’économie des cerveaux qui sont devenus des serveurs (l’omniprésence du marketing publicitaire, des grandes écoles et des parchemins diplômants) et demain, pour vibrer, faire ensemble, il s’agit de basculer dans l’économie des cœurs, ère du cœur, cette empathie situationnelle, cognitive et relationnelle avec tout ce qui nous entoure…
= Imagin’R : imaginer les 3 R de nos humanités fragmentées à réconcilier dans nos temporalités :
 Renseigner par le passé (d’où la force des histoires, de l’Histoire, des contes…) ;
 Réaliser par le présent car entre le néant des origines et l’abîme de la destination, entre hier et demain, il y a un espace qui s’appelle aujourd’hui qu’il s’agit d’incarner par nos rêves car les rêves d’aujourd’hui sont la réalité de demain !
 et donc, Rêver pour le futur car « rien ne vaut un rêve pour créer le futur » (V. Hugo)

Bref, à travers l’Imaginaire déclinée des 3R, nous voyons qu’il s’agit de ré-activer des Imaginaires à travers nos mythes, histoires et contes toujours profonds et féconds, enfouis, oubliés permettant de faire vivre la Dignité, la Beauté et l’Humilité, trois ingrédients structurels pour être ensemble.

Quels sont les imaginaires que tu proposes dans tes interventions ?

Je crois beaucoup à la force du rêve, un imaginaire projeté en fait. Et peut-être, qu’au lieu de rêver les yeux fermés, nous devrions apprendre à rêver les yeux ouverts car rien de grand dans nos Humanités ne s’est réalisé sans la fécondité folle du rêve au démarrage. Prenez la conquête de l’espace, des océans de notre mère Terre, du corps humain par la médecine… Espérons que le discernement, la « claire-voyance », la lucidité audacieuse nous guident dans nos rêves de projections, car entre le rêve et le cauchemar, la frontière est poreuse…

C’est l’imaginaire qui permet à l’intelligence de reculer les frontières du possible, c’est l’imaginaire qui permet au cœur de se ressourcer, à nos rêves de s’inscrire dans le temps et la durée. Car on a tendance à oublier que le réel, c’est quelque chose de fugace, d’impermanent et de fuyant… On ne peut pratiquement rien anticiper – la seule attitude est de savoir s’adapter. En fait, nous avons plus de chances d’être fidèles et de s’ajuster à nos rêves et nos imaginaires qu’au réel. Mais attention, je suis bien ancré dans le réel, car je n’oublie pas que nos rêves- imaginaires de demain ne doivent pas nous empêcher de vivre nos aujourd’hui tels qu’ils se présentent !

C’est pourquoi, dans mes livres, dans mes interventions et conférences, je mets donc en avant la puissance narrative, l’imaginaire de la transmission, la dimension d’évasion des contes, et bien entendu le voyage étant donné ma pratique des courses de l’extrême dans des contrées souvent jugées inhospitalières invivables comme les grands déserts de sables et de dunes. Dans l’ultra-marathon des extrêmes, je me reconnecte sur le plan de la densité et de l’intensité avec un monde baigné de lumières et d’innocence, et de peuples racines riches d’imaginaires des possibles.

En effet, voyager, c'est se souvenir ; se souvenir, c’est raconter ; raconter, c’est savoir ; et savoir c’est transmettre, l’enjeu des enjeux de nos sociétés modernes. Et transmettre les rêves des possibles à nos enfants, croire toujours au meilleur face aux déclinologues et renonçants de tous bords, continuer à embrasser et embrasser la vie, voilà la clé de nos imaginaires. Il s’agit d’apporter toujours du ciel bleu ici-bas sur terre, une oasis de merveilleux dans un océan de désert…

Le monde du travail dans lequel j’interviens régulièrement a besoin d’être réenchanté, revitalisé, régénéré. On a nourri notre corps avec du travail puis le cœur avec la reconnaissance (encore beaucoup de boulot sur ce sujet), puis le cerveau avec le sens (et à force de transformations d’organisations réorganisées constamment s’est posé la perte du sens généralisé et des métiers désincarnés…) et aujourd’hui, plus d’hier et que demain, les acteurs de nos sociétés tant professionnels que civils ont besoin d’explorer, d’investiguer et de se retrouver dans l’ADN de leurs actions, et cet ADN, c’est le rêve, l’imaginaire.

Comme le disaient les sociologues Michel Crozier et Erhard Friedberg il y a déjà quelques décennies : « Qui affronte les problèmes de demain avec les organisations d’hier récoltent les drames d’aujourd’hui ».

En quoi la communication peut contribuer à faire advenir de nouveaux imaginaires ?

J’ai évoqué en amont, en toute modestie, l’art du savoir transmettre, l’enjeu des enjeux me concernant. Nous sommes tous des transmetteurs aujourd’hui, nous sommes tous des communicants car tout passe par les médias. Et le mot media vient du mot « intermédiaire », ne l’oublions pas !
Nos corps, notre parole, nos agirs sont donc des intermédiaires, des médias ; et il y a bien sûr tous les corps intermédiaires qui transmettent, tout comme les corps institutionnels de la communication dans les entreprises et le monde politique.

Alors quoi communiquer, quoi transmettre ? Grande question vue que la parole émise d’où qu’elle vienne, n’est jamais neutre, elle est toujours située… La communication a bien entendu un rôle fondamental pour non seulement faire advenir, mais réactiver les imaginaires enfouis dans les limbes de nos mémoires. La difficulté de nos médias et réseaux sociaux aujourd’hui devenus en fait de véritables cafés du commerce à l’échelle planétaire, c’est la culture du clic addictif s’abreuvant de culture mortifère et de mauvaises nouvelles délétères…

Or comme le disait déjà Gandhi à son époque : « le problème de nos sociétés actuelles, ce ne sont pas les mauvaises nouvelles, c’est le silence des bonnes actions »… et en écho, Platon, encore plus en amont, nous mettait en garde de la manière suivante surs nos agirs communicationnels : « la perversion de la cité commence par la perversion des mots » / maux qu’on pourrait rajouter…
Nous avons besoin de mots authentiques et forts, incarnés aussi de manière joyeuse et heureuse car le monde ne mourra pas par manque de merveilles mais par manque d’émerveillement… À partir de là, il me semble que la communication peut créer de nouveaux imaginaires.
Car hélas, trop souvent, nos communications (et les fameux éléments de langage dans l’entreprise et la politique) se sont dévitalisées et ont « désarmé » nos rêves d’avenir du fait des habilités rhétoriques ou démagogiques constantes.
Alors je crois que toute communication - nous sommes par essence des êtres de raisonnance et de résonnance par le logos qui s’appuie sur l’éthos – la sincérité -, a pour vocation de construire et de faire advenir un imaginaire profond et fécond pour une harmonique vibratoire collective –
n’ayons pas peur des mots -, de « béatitudes » partagées… En effet, toute communication entre nous a pour vocation aussi et surtout de nous fédérer et de nous appuyer sur les 3B de nos existences : le Beau, le Bon et le Bien, nos nouvelles B-attitudes/béatitudes dans nos dires et agirs, autres imaginaires qui ont structuré nos Humanités mais surtout notre biotope depuis que le monde est monde…

Pour en savoir, rendez-vous sur le site de Malek Boukerchi.

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